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Notre blog

Au bon endroit avec ELAN

Publié le 26 août 2022

Le blogue « Au bon endroit » présente une série d’articles du projet COM-Unity mettant en vedette des conversations avec nos partenaires. Au cours de chaque conversation, nous essayons de mieux comprendre comment l’appartenance prend forme au sein de leurs communautés. Nous cherchons aussi à comprendre l’influence que les lieux que nous habitons exercent sur nous, et comment nous les influençons à notre tour.   

Partie 2 :  L'histoire et le souvenir

avec Guy Rex Rodgers, gestionnaire du projet COM-Unity de l’English Language Arts Network (ELAN) 

 

La conversation présentée aujourd’hui a eu lieu avec Guy Rex Rodgers, fondateur de l’English Language Arts Network (ELAN) et gestionnaire du projet de partenariat avec COM-Unity de l’ELAN. Fondé en 2004, l’ELAN offre des programmes et des services diversifiés qui visent à soutenir les artistes et les communautés artistiques du Québec.  

Nous avons discuté avec Guy de la façon dont l’ELAN s'est donné pour mission et travail d’enrichir la mixité et la portée du sentiment d’appartenance au lieu, à la mémoire collective et à l’histoire, et d’étendre ce sentiment à tous les Québécois.e.s, quelles que soient leurs origines. Les divers projets entrepris en partenariat avec COM-Unity en témoignent : le projet de la deuxième année, à savoir la docusérie Waves of Change qui a mené au documentaire What We Choose to Remember, retraçait l’histoire du Québec à partir des souvenirs de personnes d’expression anglaise venues s’installer dans la province à diverses périodes de l’histoire. Le projet de la troisième année, intitulé The Language of Belonging, se penchera sur l’avenir du Québec et les tensions créées par le besoin de préserver la langue française et le besoin d’insuffler un sentiment d’appartenance à tous les résident.e.s de la province.  

La conversation a été modifiée pour des raisons de concision. 

 
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COM-Unity : Ce blogue s’intéresse à la façon dont le lieu et l’espace influent sur le sentiment d’appartenance, alors plongeons littéralement dans le vif du sujet! Dans quel espace géographique l’ELAN exerce-t-il ses activités?  

G. R. R. : Deux édifices situés sur la rue Sainte-Catherine forment pour ainsi dire le cœur de la communauté culturelle : l’édifice Belgo, qui réunit surtout des artistes des arts visuels, et l’édifice Alexander, son voisin immédiat du côté ouest, qui compte de nombreux organismes culturels francophones et où l’ELAN exerce ses activités depuis des années. Quand j’allais siroter un café au rez-de-chaussée, la moitié de la communauté culturelle venait me dire bonjour! C’est un endroit fantastique pour faire du réseautage et un brin de jasette. Et situé à seulement quelques pas de tous les organismes de financement. D’ailleurs, le nouveau bureau de l’ONF [Office national du film] s’y trouve aussi. C’est un emplacement très commode. 

À mon arrivée ici [d’Australie] en 1980, il était généralement admis, et c’est encore bien souvent le cas, que le boulevard Saint-Laurent définissait la frontière est-ouest de Montréal, que les francophones vivaient du côté est et les anglophones, du côté ouest. Le Stade olympique accueillait plusieurs événements sportifs et culturels à l’époque. Les anglophones s’y rendaient parfois pour un concert ou pour un match, mais ils savaient que le soir venu, mieux valait revenir dans les quartiers de l’ouest où ils se sentaient en sécurité! C’était l’un des mythes au sujet de la division géographique de Montréal.  

 

COM-Unity : Vous parlez d’un mythe à propos de ce lieu qui, tout comme la mémoire et l’histoire, forme la trame de votre documentaire What We Choose to Remember. Comment avez-vous abordé ce thème dans le contexte de votre documentaire?  

G. R. R. : Je souhaitais réaliser des entrevues de groupe [dans le film] pour, notamment, mettre en relief la similitude des expériences. Le documentaire What We Choose to Remember contient une dose équilibrée de mémoire individuelle et de mémoire collective. Je voulais intégrer des expériences communes afin que les gens se reconnaissent individuellement dans les situations décrites. Ou bien qu’ils se disent : « L’expérience de ma famille ne correspond pas exactement à cela, ma communauté linguistique ou ethnique n’est pas vraiment représentée, mais nous sommes arrivés vers la même période et avons vécu des expériences semblables à celles des autres personnes issues de la même vague d’immigration. » Le fait de définir des vagues d’immigration permet aussi de se pencher sur l’expérience collective de certains groupes à un moment précis de l’histoire. Quel était le climat socio-économique et politique au moment de leur arrivée? Quelles étaient les attentes? Quel était le contrat social? Et comme les segments sont regroupés en vagues d’immigration, chaque personne qui s’identifie à l’un des groupes représentés peut se reconnaître dans l’une des réalités d’accueil et d’intégration et dans les efforts déployés pour s’adapter. 

Je ne parlais pas français à mon arrivée, mais je le parle désormais relativement bien. J’ai été surpris de voir que les personnes de mon âge qui avaient grandi au Québec étaient peu nombreuses à parler français. J’ai trouvé cela très étrange, car j’envisageais mon installation ici comme une belle occasion d’apprendre une nouvelle langue, et le français est une langue magnifique. J’ai compris des années plus tard à quel point l’enfance de ces enfants avait été traumatisante [durant la crise d’Octobre liée au Front de libération du Québec]. Ils étaient la cible de menaces à l’école et dans leurs quartiers et on leur hurlait de retourner en Ontario. Ils n’avaient donc aucune envie d’apprendre le français et d’intégrer la communauté majoritaire. J’ai essayé de véhiculer cette réalité dans le film, de montrer qu’il y avait eu une période de noirceur et de peur dans les années 1960, 1970 et même 1980 et 1990. Les personnes qui ont choisi de rester étaient très conscientes de ce qui se passait et s’attendaient à ce que leur mode de vie change. Et bien sûr, environ 500 000 anglophones ont quitté la province.  

 

COM-Unity : Vous avez créé l’ELAN en 2004. Quels défis avez-vous eu à surmonter dans le contexte culturel de l’époque?   

G. R. R. : Il y a longtemps, à nos débuts, les arts et la culture étaient considérés comme des volets accessoires, absolument non essentiels de la communauté [d’expression anglaise]. En dix ans, j’ai réussi à en faire l’une des trois priorités de la communauté en permettant aux gens de mieux comprendre les questions d’identité, d’expression et de rétention. ELAN avait pour objectif de mettre ces valeurs de l’avant et de créer un vaste réseau multidisciplinaire pour appuyer les artistes. Il visait aussi à influencer la conception des programmes généraux de la communauté afin de déterminer le financement.  

Ensuite, quand le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise qui finance le projet COM-Unity a été créé, les dirigeants ont constaté que le sentiment d’identité et d’appartenance était très faible chez les anglophones. Le Secrétariat a donc versé de l’argent à l’ELAN pour qu’il définisse et documente des sources de financement, qu’il offre de la formation et qu’il fasse un suivi des résultats qu’obtiennent les candidats. Ce travail a été très bénéfique. 

 

COM-Unity : Vous mentionnez que le faible sentiment d’identité et d’appartenance des Québécois.e.s d’expression anglaise est imputable à l’histoire et à la mémoire collective — ce qui constitue la thèse du documentaire What We Choose to Remember. Que souhaitiez-vous ajouter à la mémoire collective en créant ce film?  

G. R. R. : Vers la fin du film, il y a une scène touchante où Catherine de Baie-Comeau dit : « Vous savez, il y avait beaucoup d’anglophones ici au début. Je ne sais vraiment pas où ils sont partis. » Elle ne manifeste aucune amertume, juste un sentiment de perte. C’est vraiment touchant. Et de toute évidence, il ne s’agit pas d’un sujet abordé à l’échelle de la famille, de l’école et de la collectivité. Certaines de ces histoires ont non seulement été effacées, elles ont été complètement oubliées. 

À mes yeux, le film devait traiter de ces choses. Il devait souligner en quoi les anglophones avaient contribué au Québec et mettre en relief la complexité de ce que l’on appelle la communauté anglophone. Il devait également parler de la façon dont le système d’éducation catholique avait rejeté les non-catholiques et les non-chrétiens, une réalité que la communauté francophone peine à admettre et dont on ne parle pas beaucoup au sein de la communauté anglophone ou allophone. Il était donc d’autant plus important d’aborder ces thèmes. Je découvre tous ces petits éléments d’histoire et toutes ces relations de cause à effet, comment telle communauté en est venue à parler telle langue et comment l’animosité évolue entre les diverses communautés. Je voulais que mon film montre que les anglophones ne forment pas un ensemble monolithique d’Anglo-Saxons unilingues anti-Québécois et que leur réalité est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.  

 

COM-Unity : Tournons-nous maintenant vers l’avenir : quels thèmes aborderez-vous dans votre projet de la troisième année et quel genre de futur envisagez-vous pour l’ELAN?  

 
G. R. R. : Je suis en train d’apporter la touche finale au documentaire [le projet de la troisième année intitulé The Language of Belonging] qui s’articule autour de l’âme partagée du Québec que je matérialise à l’aide de deux questions. La première est « Croyez-vous que la langue française est menacée au Québec? ». Presque tous les francophones répondent Oui à cette question. Il serait peut-être plus exact de dire que la langue française se trouve dans une position vulnérable, à la manière d’un îlot de 8 millions de personnes dans un océan de 360 millions de personnes. La langue française est certes en situation de vulnérabilité! Tout le monde en convient. Dans le documentaire, je pose ensuite la question suivante : « Souhaitez-vous que vos enfants soient bilingues ? » Et presque tous les Québécois.e.s répondent également Oui à cette question. Il s’en dégage une contradiction fondamentale : comment est-il possible de créer un monde dans une portion de l’océan anglophone sans engloutir la culture francophone? C’est l’essence même du casse-tête.  

Cela dit, quand on me pose la question, je dis que l’ELAN s’adresse à quiconque utilise l’anglais dans le cadre de son travail. Il pourrait s’agir aussi d’un francophone qui rédige occasionnellement des poèmes en anglais ou qui interagit avec des artistes anglophones ou une personne qui s’identifie avec la culture ou les artistes anglophones; en fait l’ELAN essaie d’être le plus inclusif possible. Parallèlement, je dis toujours aux personnes qui viennent d’arriver au Québec que si elles prévoient rester ici, elles devraient apprendre le français. L’objectif de l’ELAN n’a jamais été de façonner un îlot anglophone. Nous voulons élargir la communauté d’anglophones et de francophones de manière à rétablir les ponts et à briser les anciens stéréotypes. Nous souhaitons également déconstruire la notion de double solitude qui n’a jamais vraiment existé puisqu’il y a toujours eu des personnes bilingues qui se parlaient. Maintenant que, selon Statistique Canada, 95 % des résidents du Québec peuvent tenir une conversation en français — peut-être pas de manière particulièrement élégante ou avec un accent parfait, mais avec suffisamment de maîtrise pour se faire comprendre — il devrait nous être possible de mieux communiquer. L’ELAN a toujours visé à favoriser une telle communication.  

 

 

Vous trouverez des informations sur le projet de la 3e année de COM-Unity en partenariat avec Metropolis bleu sur le site de COM-Unity, ici, ainsi que sur le site de ELAN, ici. 

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