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«Views from Here» (blogue invité): Un lieu d'appartenance

Publié le 03 mars 2023

 «Views from Here» est une série de blogues de jeunes invités présentant les voix de jeunes de nos organisations partenaires COM-Unity. Dans cette série, des jeunes anglophones partagent ce que signifie pour eux le fait de trouver un sentiment d'appartenance au Québec. 

 

Un lieu d’appartenance

Par Matthew Mullone 

Photo par Matthew Mullone (Maza the Artist)

Le besoin d’appartenance est une idée difficile à conceptualiser. Pour combler le vide causé par l’absence de sentiment d’appartenance, il nous faut trouver des lieux et des espaces à l’image de nos valeurs. Les propos qui suivent expriment mon point de vue personnel et reposent sur les expériences que j’ai vécues lorsque je suis venu m’établir au Québec et vivre à Montréal. Ma compréhension de la notion d’appartenance tient compte à la fois de la façon dont je m’inscris dans les lieux fréquentés et de ma situation de personne considérée comme Autre. L’Autre est un être qui ne correspond pas aux normes en vigueur dans une société, une communauté ou un groupe de personnes occupant un lieu donné. Lorsque je parle de lieu, je fais référence aux espaces et aux environnements qui nous entourent et avec lesquels nous établissons des liens. Les lieux publics sont des vecteurs de rencontres entre les membres des communautés. C’est dans des lieux comme les restaurants, les cafés et les parcs, entre autres, que nous arrivons à comprendre qui nous sommes et que prend forme l’idée de l’Autre.   

 

Je me suis récemment établi à Montréal dans le but d’y trouver une communauté, ce que je n’avais jamais réussi à faire au Canada. J’avais l’impression que Montréal était une métropole où florissait l’esprit communautaire; à l’époque où je vivais à Tofino, en Colombie-Britannique, j’ai rencontré plusieurs personnes originaires du Québec qui m’ont décrit Montréal comme une ville vibrante où le sens de la communauté était très fort, ce qui m’a incité à y déménager. Au bout de plus d’une année et demie et après avoir dépassé le choc initial de la nouveauté, je suis maintenant en mesure de réfléchir aux expériences que j’ai vécues au cours des derniers mois. À mon arrivée, je n’ai pas tardé à découvrir à quel point la discrimination et le racisme étaient profondément ancrés dans la province. J’ai connu des hauts et des bas au cours de mes tentatives de trouver ma place dans cette société en tant qu’homme noir d’origine américaine. J’ai eu la chance d’explorer plusieurs endroits à Montréal. Certains d’entre eux étaient des lieux paisibles où prévalait l’esprit communautaire, ce qui m’a permis de me sentir plus lié à la ville. Cela dit, il n’y a que de rares endroits dans la ville où je me sens accepté. 

 

Ce qui arrive à bien des endroits, malheureusement, c’est qu’on ne tient pas compte de ma présence ou que mes interactions avec les gens ne m’incitent pas à baisser la garde et à tisser des liens. Il m’est arrivé d’entrer dans un commerce ou un restaurant et d’attendre patiemment qu’on s’occupe de moi, pour finalement être ignoré ou accueilli avec un manque de chaleur peu invitant. Je ne crois pas que ces situations s’expliquent toujours par des considérations raciales, mais le fait que j’aie un accent anglophone lorsque je parle français vient s’ajouter aux conceptions liées à la pigmentation de ma peau, ce qui m’a empêché de sentir que je faisais vraiment partie de la société.  

 

Le contrôle systématique effectué par le gouvernement avec ses mesures de protection de la langue et de préservation de la culture francophone blanche crée une lourdeur qui est fortement ressentie dans toute la province, en particulier à Montréal. Les tensions entre anglophones et francophones ne semblent pas près de s’estomper. Et plutôt que d’essayer d’apaiser les tensions, le premier ministre jette de l’huile sur le feu en faisant des commentaires sur les catégories d’immigrants qui seraient les plus dignes d’être acceptées dans la province.  

 

Au fil de mon parcours de nomade, j’ai réussi à trouver ma place dans cette société. J’ai eu la chance d’avoir une bonne capacité d’adaptation et d’aller à la rencontre de personnes à la vision et au cheminement similaires aux miens. À force de persévérance, j’ai pu trouver un lieu d’appartenance dans les marges de la société dominante. Il existe des endroits dans la ville de Montréal où l’on accorde une importance centrale aux valeurs communautaires et aux relations humaines. Des endroits tels que le bar Turbo Haüs et le café Osmo Marusan m’ont ouvert leurs portes et m’ont permis de m’impliquer dans la société. Ce type d’accueil chaleureux dont j’ai bénéficié a souvent été le fait de personnes immigrantes qui se trouvaient dans une situation semblable à la mienne. 

 

Le sentiment d’appartenance est un ingrédient essentiel pour en venir à aimer l’endroit où nous vivons. La question de l’appartenance à la société québécoise ou montréalaise est un enjeu qui exige une approche nuancée, et des considérations intersectionnelles entrent en ligne de compte lorsque l’on cherche à trouver sa place. Le processus d’appartenance est précisément cela, un processus, et nous prenons tous des chemins différents et avons tous notre compréhension de ce que cela signifie pour nous personnellement. J’ai eu la chance de trouver mes repères en rencontrant d’autres personnes immigrantes et des gens aux vues similaires aux miennes, ici à Montréal. Les milieux marginaux de cette ville m’ont donné la possibilité d’acquérir un sentiment d’ancrage dans différents lieux et sous-cultures. Cependant, la classe hégémonique et dominante ne manque pas de me rappeler que je suis l’Autre et que je ne peux pas faire partie de la collectivité, à moins de renoncer à ce que je suis individuellement et culturellement.   

  

Biographie de l’auteur invité : 

Matthew Mullone, alias Maza the Artist, est un universitaire et un musicien qui utilise son talent pour promouvoir le changement social. Diplômé en anthropologie et nouvellement candidat à la maîtrise en éducation, ses expériences sont le prisme à travers lequel il examine la racine des problèmes des collectivités afin de trouver des solutions concrètes.  

le site web de Matthew (Maza the Artist) 

 

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